Publié le 12/09/2007 à 12:00 par incacola
La Catolica (prononcez catolica) est une sorte de parc d'attractions énorme pour garçons et filles propres sur eux, les gens sous-payés déguisés en Mickey et te forçant à être de bonne humeur en moins. Tout y est ; les pelouses, comme dans les teenage movies américains, les animaux en liberté (le dépliant présentant la fac contenait un dossier spécial en page trois sur toutes les espèces présentes dans l'université, et autant vous dire que j'ai été plutôt heureux de ne pas y voir de tigres -gentils- ni de condors pour faire local), et les attractions (certaines péruviennes mignonnes, et globalement tous les étudiants portant un appareil dentaire de type casque). Mais la Catolica c'est avant tout un style de vie. Un individu mal intentionné m'a ainsi averti :
« Les étudiants riches et bons en classe vont à la Catolica, et les étudiants riches et nuls à la Catolica, mais ils paient plus cher ».
C'est évidemment faux, et le fait que 99% des étudiants soient blancs -100% pour ce qui est des professeurs- et habitent dans les quartiers riches n'est pas une preuve du contraire. Prenez Andrea, par exemple, une fille adorable s'il en est, accueillante comme personne sur terre. Ce n'est certainement pas parce qu'elle possède un home cinema de la taille d'un écran de multiplex qu'il faut en déduire qu'elle est riche. Quant à la maison énorme à Huarras dont elle est propriétaire, on peut s'imaginer qu'il ne s'agit en réalité que d'un cabanon délabré.
La Catolica c'est également une équipe souriante et chaleureuse. Quand je m'en fus voir la responsable des échanges internationaux pour l'avertir que des circonstances plutôt du genre pas marrantes allaient peut-être me forcer à repasser par la case France sans toucher le moindre petit kopec et à ainsi rater une ou deux semaines de cours, c'est avec un certain talent pour l'imitation de Robocop qu'elle m'a dit qu'il n'y avait pas de problème si je pouvais rattraper après.
Mais qu'à cela ne tienne, la fac est plutôt cool. Par exemple, le jeudi après-midi est dédié aux activités culturelles. La première fois on a pu admirer un spectacle franchement culturel de filles plutôt sexy dansant sur de la musique afro cubaine en bikini. Puis la dernière fois, je suis resté sans voix devant la demonstration de capoeira approximative qui s'est sans doute terminée aux urgences pour les sportifs et dans des hôpitaux psychatriques pour certains membres du public.
La Catolica c'est aussi ce type à l'entrée qui me connaît et à qui je serre la main, passant ainsi pour un revendeur de drogue, ou au moins pour un fils de nazi protégé par le gouvernement. Allez savoir pourquoi des types en imper et portant des lunettes de soleil stationnent devant chez moi en lisant des journaux troués au niveau des yeux.
Les animaux sont plutôt sympas. Les ardillas, les écureils locaux, te jouent le coup du big love en montant sur tes genoux dès que tu as un snickers -enfin un genre de snickers péruvien, mais le billet sur la nourriture péruvienne viendra bientôt- à portée de main. L'autre jour, voulant jouer mon Alain Bougrain-Dubourg, j'ai tendu une main emue vers un petit écureil qui a jugé bon de me la bouffer. J'espère qu'il s'est fait manger par une biche. Vous auriez du voir ça, la première fois que nous autres étudiants étrangers avons aperçu une biche. Bambi est un mot d'esperanto.
A la Catolica les cours pour les étudiants étrangers sont les mêmes que pour tout le monde, sauf que les étudiants étrangers les choisissent
après tout le monde. Ce qui signifie que la première semaine, j'ai reçu en moyenne un mail par jour qui m'expliquait que techniquement, ils avaient oublié de me garder une place dans la moitié de mes cours et que je devais changer. Mais il restait de la place dans le cours de patchwork si l'envie me prenait.
La Catolica s'est chargée de tout pour que nous nous sentions comme dans un cocon. Ainsi tous les étudiants péruviens s'appellent-ils pareils pour éviter les confusions. J'ai un cercle d'amis potentiels infini, et sans aucun risque de me planter sur leur nom : « Salut Juan Carlos ? Tu as vu Juan-Carlos aujourd'hui ? Il était avec David Sanchez je crois».
Mais la Catolica c'est aussi Rosa, la péruvienne plutôt jolie avec qui je prends un accent français exprès, et puis c'est aussi Julio, le mec le plus accueillant du monde qu'il préfère rater un cours plutôt que de te laisser prendre un taxi sans te négocier le prix. Et bien sûr la Catolica ce sont les moqueries incessantes sur ton accent jugé tantôt espagnol tantôt yougoslave, et bien sûr, la retour permanent à la source de toutes choses « Parlez-vous Français ? ». Ce sont les photocopieuses aux files qui rappellent Space Mountain un dimanche en Août, et où tout le monde te passe devant.
En un mot la convivialité.
Au moins avant j'avais une motivation pour rester à l'école, ma maison était une merde. Mais maintenant que j'ai changé... Au moins je vais pouvoir vous exposer à froid dans une prochaine note toute l'horreur de ma maison précédente. Préparez la musique d'angoisse vous allez tout savoir sur
ApU.
Publié le 07/09/2007 à 12:00 par incacola
“Tu verras, il y a pas mal de tremblements de terre au Pérou, mais moi ca ne m’affecte pas” m’avait avisé un ami atteint du syndrome de Parkinson, peu avant mon départ. Du coup, quand le sol s’est mis à bouger dans des proportions suffisantes pour que je me rende compte que ce n’était pas là l’oeuvre de la machine à laver, je ne me suis pas inquiété. J’ai même été franchement hilare quand la télévision péruvienne, dont je parlerai plus largement dans une ou deux pièces à conviction, a commencé à nous jouer le coup du séisme de force 7. Ils devaient bien s'emmerder pour avoir besoin de grossir le trait à ce point. En gros voilà le récit des evenements de cette folle soirée.
18h17
(je préfère preciser que les heures indiquées sont purement fictives, et placées à dessein pour donner un peu de fièvre à ce recit jugé plan plan par trois maisons d’édition successives dont les célèbres presses du lama) :
Je suis sur mon ordinateur quand soudain : LA TERRE TREMBLE.
18h18 : Je suis toujours sur mon ordinateur en train de dire “Ah la terre tremble c’est rigolo”
18h18 : Je sors voir pourquoi les gens crient
18h19 : Je suis dehors, et les tremblements referment la porte sur mon doigt. Egratinure. Blessure de guerre.
18h20 : La terre ne tremble plus mais toute la population si.
18h22 : Je sirote un Pisco tout en me moquant des chiffres alarmistes de la télé.
19h00 : Je vois les images de Pisco et me sens un peu mal. Je commande néanmoins un deuxième Pisco.
L’occidental patenté que je suis a toutefois fini par retrouver son sens moral, égaré dans quelque poubelle en compagnie de sa dignité et de son piège a filles qui fait crac boum hue. Je suis donc parti faire de l’humanitaire, nouvelle religion de notre temps, et j'en ai même tiré une certaine satisfaction, partagée j’espère au moins vaguement par les populations secourues.
Le rendez-vous, fixé à 7h du matin par Vasco, un peruvien méritant, a finalement officieusement été reporté a 11h. En fait cette information est erronée. Le rendez-vous, fixé le jeudi soir vers 8h a finalement été
officiellement reporté au lendemain matin, puis au lendemain soir, pour finalement echouer en cette belle matinée samedinale –ou devrais-je dire ce beau début d’apres midi. Apres avoir chargé une tonne d’eau et de quoi construire deux maisons dans un camion gros comme Guy Carlier, ainsi que des sacs de riz et de pâtes a faire saliver ce même Guy Carlier, nous avons décidé de jouer au Twister dans un mini bus où des contorsions multiples nous ont fait rentrer a 12.
Arrivé sur place après trois heures de route, et passant par un paysage de desert assez incroyable –pour une fois que je dis quelque chose de positif, me direz-vous- nous avons eu droit à ce qui se nomme ici une paracas (la bien nommée puisque la ville oú nous nous trouvions s’appelle elle-même Paracas) c’est a dire une tempête de sable digne des duels au pistolet hollywoodiens, le ciel jaune en plus. Comme accueil folklorique, on avait vu mieux (je pense notamment aux démonstrations de danse typique caractéristiques des jeudis après midi à la fac, mais ça c'est une autre histoire). Là-bas, après etre passés devant toute la misère humaine possible de gens qui n’ont pas vu une goutte d’eau depuis Matthieu Salem (un pote de 4ème A) et dont les Limeniens se foutent eperduement –normal ce sont des indigenes et des ploucs je veux dire- nous nous sommes mis en quête de la personne pour qui nous étions venus construire une maison –enfin Vasco se mit en quête parce que nous autres ne comprenions rien, et on commençait a s’echauffer un peu. Sans succès. Le soir en dormant dans le jardin d’un hotel ayant obtenu 4 étoiles au crash test euro’n cap, nous pensions ne jamais construire les maisons. Et nous avions raison, car si au final les deux maisons ont bien été construites, ce n’est pas grace à notre sens aigu de l’architecture IKEA, mais tout au plus grâce à l’intervention divine de deux ouvriers qui connaissaient leur boulot un minimum. Bon on a quand même chargé, dechargé, rechargé, dechargé, chargé, et déchargé. Notre presence n’aura pas été vaine. La premiere maison a été construite quasi sur le bord de mer, en haut d’une falaise, pour une famille avec un petit enfant qui s’appelle Jefferson (prononcez Referson), et qui depuis une semaine vivait dans une sorte de Bunker amovible qu’Hitler n’aurait pas renié sur sa fin de vie. Les gens étaient vraiment adorables et on a mangé des coquilles Saint-Jacques fraîches préparees au micro ondes –en fait un pot en terre cuite tout a fait ingenieux. On a aussi eu droit à un petit tour en voiture pourrie, dans un chariot accroché a l’arriere, vrombissant sur des dunes de sable, tout ça pour deplacer le materiel. Disneyland Pisco.
Quant à la deuxième maison, on l’a montée dans une communauté un peu isolée. Il y avait tellement d’enfants là-bas que je soupconne les habitants d’être responsable de la quasi-totalité des rapts d’enfants perpetués sur cette planète depuis 34 ans. On a vu toutes les maisons detruites, c'était pas rigolo rigolo, puis les enfants se sont chargés de nous detruire les homoplates –¡nueva vez la vuelta por favooooooooor Thomas!. On a ensuite distribué l’eau restante à differentes personnes a Pisco, puis retour a la case départ, Lima, en vue d’un cours le lendemain a 9h.
Du pisco a Pisco il n’y a qu’un peu de bonne conscience. Apres ces aventures tres mouvementés (C’est le cas de le dire, ¿n’est-ce-pas Philippe Bouvard?) je vous parlerai dans un prochain billet qui se fera moins attendre, de notre belle et grande université.
Publié le 17/08/2007 à 12:00 par incacola
« Non en fait c'est un truc que mon chef dans l'association où je travaille m'a raconté. Bon t'as une fille, une Péruvienne, qui prend un taxi borracha, un soir pour rentrer chez elle, puis elle rentre pas. Du coup sa famille s'inquiète, alerte la police et tout, ils font des recherches, et finalement, ils retrouvent la fille trois jours plus tard sur la plage, toute nue, un rein en moins, avec des traces de viol. Bon elle était vivante quand même. Il paraît qu'il y a la même chose avec les combis en plus. Tu reprends un pisco toi ? »
« Y a une mafia des taxis hallucinantes, et la police est complice. Faut faire vachement gaffe, prends plutôt les taxis jaunes... »
« Prends plutôt les taxis avec un autocollant de la ville de Lima »
« Prends plutôt les Green taxis ils sont plus chers, mais plus sûrs »
« Prends jamais de taxi dans la rue, appelle les, c'est plus cher mais plus sûr »
« Prends les taxis rouges à pois bleus »
Bon de là à sombrer dans la paranoïa il n'y a qu'un pas. Du coup je me suis fait ma petite cuisine, je ne prends que les taxis vieux. Quand le type est vieux je me dis que je peux toujours me défendre. Puis on tombe sur des numéros comme ça. L'autre jour, un taxi nous a expliqué qu'il avait une théorie toute personnelle pour expliquer l'origine du Machu Pichu. Une théorie qu'il ne dévoilait pas trop de peur qu'on le traite de fou. Moi je m'imaginais déjà l'explication de la main de Dieu, un truc fait sur mesure pour catholiques praticants. Bah j'ai été surpris, mais déçu ça certainement pas ! D'après le taxi, le Machu Pichu est une création des extra-terrestres qui, fatigués de l'avoir sur leur planète, l'ont finalement téléporté sur la Terre. On s'en est sortis à coups de « porque no ? » et « oh si, se puede tambien, si ! ». Je me demande si j'aurais pas préféré tomber sur un voleur de rein. De toutes façons ici, les reins, c'est comme le passeport, il vaut mieux éviter de les emporter avec soi. Enfin le type était peut-être un peu sonné, puisque c'était le soir du terremoto, dont je parlerai plus amplement dans la pièce à conviction numéro 5.
Publié le 13/08/2007 à 12:00 par incacola
Quoi de plus agréable qu'une balade urbaine en taxi, bercé par le ronron d'un moteur inconnu à la découverte d'une ville inexplorée, gigantesque, et plus que tout péruvienne ? Se baigner dans un bassin infesté de pirhanas pourrait être une réponse acceptable. Parce qu'ici balade urbaine signifie fast and furious. Quant au moteur si vous l'entendez ronronnez, c'est que vous êtes sous cocaïne.
Non, ici le moteur ne ronronne pas, il vrombit comme un quatre tonnes au galop qui démarrerait en cinquième. Il faut dire qu'il faut un paquet d'énergie pour dominer les avenues pleines de bosses que les habitants de Sim City ils seraient déjà dans la rue en train de se plaindre du responsable de la voirie. Ici ça n'arrive pas puisqu'il n'y a manifestement pas de responsable ou qu'il exerce depuis une cellule, sa dernière résidence connue depuis sa mise en examen pour corruption. Donc de l'énergie il en faut, et de l'énergie les voitures en ont. Grace à une politique efficace ne se préoccupant pas des points de détail comme le contrôle technique, les Péruviens ont su développer une circulation éminemment démocratique, puisque les Coccinelles des années 60 (environ un bon tiers des voitures) côtoient de vieilles Chevrolet et des Cadillacs auxquelles les roues manquent (ce qui ne les empeche absolument pas de faire la course avec les autres). En plus, personne ne risque de les voler puisque leurs alarmes se déclenchent automatiquement au moindre faux contact (c'est à dire tout le temps), et que les alarmes ici c'est quelque chose. En fait on dirait que le propriétaire de la voiture est en train de chosir sa sonnerie personnalisée sauf que non. On passe par toutes les étapes : le toulouloulou jusque rrrrrrrrrrriiiiiiiiiiiiiinnng, et bien sur le loouuuuu looouuuuuuuu loouuuuuuuuu, enfin vous voyez ce que je veux dire.
Peut-être que non en fait, j'essaierai d'enregistrer ça.
Pour orchestrer le tout, le gouvernement a pris un pari audacieux en faisant le choix de se passer de code de la route. Enfin ce n'est pas tout à fait exact ; il existe un code de la route au Pérou, mais très différent du notre, puisqu'il ne semble pas placer les feux et les stops en rang de priorité, et que les ronds points locaux peuvent tout à fait se prendre par la gauche pour dépasser les couillons qui le prennent à droite. Parfois les policiers râlent un peu, cela va de soi, mais 20 soles suffisent à ce que ces erreurs de jeunesse soient oubliées. Ou au pire, il n'est pas rare de voir des flics coursés dans la rue par de vieilles Coccinelles ayant envie de manger du poulet.
La sécurité n'est pas négligée pour autant. Lancé l'autre jour à plus de 80 à l'heure en ville sur le bord des falaises, j'entendais dans le taxi un flash info faisant état de plus de trente personnes mortes dans un accident de la route lié à une vitesse excessive. Je fus donc rassuré de voir que mon chauffeur portait fièrement sa ceinture de sécurité. Quant à la mienne, elle était malheureusement coincée derrière le siège. Pour 5 soles, on ne discute pas.
Il existe toutefois une alternative aux sempiternels taxis. Les combis ont tout pour plaire. Imaginez les mini bus Volsvagen des années 70 le côté psychédélique en moins, les vierges Marie en plus. Donc ces trucs là lancés à toute berzingue et ne s'arrêtant pour personnes et certainement pas pour les piétons, font des queues de poisson démentes à tout le monde pour se garer à la Blues Brothers près des trottoirs. Sauf qu'à Lima, pas d'arrêt de bus. Non, n'importe quel mec appelle le bus depuis la rue et hop il intègre l'aventure. Ca veut dire aussi que le type qui prend l'argent -et qui n'est pas le chauffeur- fera tout ce qu'il peut pour ramener le maximum de monde malgré le nombre limité de places, exhortant toute la rue à monter, et insultant ses collègues des autres combis quand ils lui piquent un client. Pour descendre rebelote laisse moi là et vas-y que je te largue sans vraiment m'arrêter. Ca c'est une expériece inoubliable.
Et en plus de ça, taxis et combis sont soumis à une mafia hyper inquiétante que t'en dors pas la nuit. Je vous raconterai les histoires arrivées au frère du copain d'une cousine éloignée et qui foutent bien les boules dans la pièce à conviction numéro 4.
Publié le 12/08/2007 à 12:00 par incacola
Patrice Drevet, trublion météorologue préféré de ses dames et du service public, a toujours eu la sagesse de ne pas accorder trop d'importance à la météo dans sa vie personnelle. Jamais on ne le verra déprimer par temps de pluie ou faire preuve d'un excès de gaieté par grand soleil. Son truc à lui, c'est la déconne, le petit jeu de mot qui met de bonne humeur. Autant dire que Patrice Drevet n'a pu acquérir ce relativisme météorologique sans être passé par Lima en hiver.
Lima c'est plus qu'une ville, c'est une couleur; le gris. En fait tout est gris ici, le ciel bien sûr, mais du coup les rues, les ombres, les avenues, Michael Jackson. Ce résultat formidable est obtenu à l'aide d'une conjonction de facteurs que vous allez voir comment ils sont cools. Le premier c'est que les nuages sont bien incapables de passer les Andes, trop hautes, et que donc ils restent là, sur Lima. Cet exemple des Andes aura d'ailleurs été utilisé par le service américain des douanes pour expliquer à ses troupes comment accueillir les Péruviens.
Le deuxième facteur, encore plus chouette, c'est que Lima est une des villes les plus polluées au monde. Et quand je dis polluée je déconne pas. Y a une odeur de souffre partout sur les grandes avenues. Objectivement se balader équivaut à fumer un paquet de clopes. Il faut dire que la moitié des voitures d'ici sont des vieilles Cadillac, des Coccinelles ou des vieilles Chevrolet des années 60, 70, -non approuvées par le Pacte Ecologique de Nicolas Hulot, peu recommandées par Al Gore- et que la moitié des voitures, ici, ça fait un paquet de voitures. Sans compter les bus, les combis, et la circulation en général (voir pièce à conviction numéro 3).
En plus de ça, on pourrait tourner une scène sous marine de James Bond en plein air sans problème tellement l'air est bourré de vapeur d'eau. Alors bien sûr je vous vois déjà penser que l'air est humide et lourd parce que c'est un pays tropical et qu'il y fait chaud alors que chez nous il pleut, qu'on a un été pourri et que tu commences à nous casser les couilles à te plaindre comme ça. Et bien non. Figurez vous qu'il fait froid, un vrai froid méchant qui t'empeche de dormir, et qui, si tu y arrives, te réveille à 7h du mat.
Le pire c'est que les Péruviens, qui, à moins d'être des sortes de mutants bioniques souffrent forcément du froid itou, font semblant de rien pour t'humilier un peu plus. Ils se baladent en T. Shirt, et plus que tout, ils se foutent méchamment de ta gueule quand tu dis que tu as froid. Ma théorie à moi est qu'ils portent tous des vetements supplémentaires en peau d'homme en les faisant passer pour leur propre peau, ou qu'ils ont hérité d'une capacité de resistance mentale au froid de leurs ancêtres les Incas ou peut-être des ours polaires.
Je vous raconte pas le taux de suicide chez les présentateurs de météo péruviens.
Publié le 11/08/2007 à 12:00 par incacola
« La Légende raconte qu'il y a trés longtemps, peut-etre plus de mille ans, les eaux d'un terrible orage partirent au fond de la terre. On dit que, année aprés année, les eaux de cet orage prirent ses forces à la pierre , et se chargèrent de bulles miraculeuses. Et on dit que si l'Eau rejaillissait un jour, elle apporterait gaieté et longue vie à quiconque la boirait ...
Et bah on dit que des conneries. Récapitulons ;
Nombre de douches : 4 connues à cette heure.
Nombre de douches testées : 2.
Capacité à rester sale plusieurs semaines : maximale.
Sentir mauvais toute ma vie, être évité dans les couloirs tant par mes amis que par ma famille, toutes ces choses si effrayantes ne sont rien en comparaison du calvaire initiatique de la DOUCHE. Soyons méthodiques. La première douche que j'ai testée est située au premier étage, j'y accède discretos par un petit escalier à côté de ma chambre en évitant de faire trop de bruit, c'est à dire en en faisant le maximum. La salle de bain est assez grande, et ces salauds de Péruviens ont même mis une baignoire pour rendre le truc attractif. Donc, une fois désapé complètement, sans retour possible, caillant à mort parce que tout de même c'est le matin, qu'il fait 10 degrés dehors (voir pièce à conviction numéro 2) et que le sol est une sorte de carrelage spécialement conçu pour conserver le froid, je m'apprête à m'octroyer la satisfaction suprême, une bonne douche chaude. Voici dans l'ordre les évènements qui surviennent ensuite (imaginez la musique de la scène de meurtre de psychose derrière et vous aurez le tableau).
La douche n'est pas une douche mais une sorte de casserole magique en plastique blanc, courronnée d'une passoire pour laisser filtrer l'eau, reliée aux robinets par des fils en plastique tendus à mort, et bien sûr fixée au mur. J'aurais du me méfier, battre en retraite, parce qu'attendez la suite.
Il y a deux robinets, mais un seul truc pour tourner les robinets qu'il faut passer de l'eau chaude à l'eau froide, enfin techniquement, parce qu'au bout d'une minute, il faut le passer de l'eau froide à l'eau froide. Autant dire que les Péruviens ont du développer au fil des siècles un sens tactique et technique du rinçage express à faire palir d'envie Arturo Brachetti.
Dans la deuxième douche, même combat, sauf qu'en plus la pression de l'eau est à peu près l'équivalent aqueux d'un chinois de cinq ans tentant sa chance au bras de fer contre Barracuda de l'agence tous risques (très populaire ici bas), et que l'étape eau chaude est grillée, probablement histoire de gagner du temps. Mes doigts sont devenus violets, on aurait dit Denver le dernier dinosaure. C'est peut-être aussi pour ça que les Péruviens m'appellent gringo maintenant.
Alors vous me direz bon rien de très exotique tout ça, c'est la même chose dans le Larzac, j'ai une tante qui sent pas très bon et quand j'ai habité chez elle, entre 1993 et 1994, et bah la douche était à peu près pareil enfin différente mais...
NON. Car ici l'eau n'est pas potable. Il faut donc se forger une bouche en acier forgé et être capable de recracher dans toutes les positions. Tête en l'air, tête en bas, recroquevillée dans les épaules par le froid. Se laver les dents est devenu un sacerdoce. Préparer un thé un exercice soupçonné et condamnable. La question de l'origine de l'eau est au coeur des préoccupations de tous.
Si jamais l'eau péruvienne apporte longue vie c'est une fourberie de plus pour obliger les habitants à se taper ce petit rituel le plus longtemps possible.
... Y que s'appelorio Quezac. »